Poème à Chiomara: écrire pour « rien », écrire pour le plaisir

ARBRE DE VIE ANKARA

Parfois il suffit de pas grand chose pour se sentir inspiré(e) et avoir envie de créer. L’histoire de Chiomara, femme celte d’Ankara qui vécut il y a plus de 2000 ans, fut l’élément déclencheur qui me permit de reprendre la plume.

J’ai eu envie d’en savoir plus sur l’histoire du lieu où je vis depuis deux ans et j’ai découvert – vous le saviez peut-être- que les Celtes s’étaient installés à Ankara, alors nommée Ankyra, située dans ce qui s’appelait la Galatie -du nom des Celtes vivant là, les Galates. Au hasard de mes errances sur le net, j’ai trouvé l’histoire de Chiomara, épouse d’un chef celte, prise en otage et violée par les Romains (Rome était alors en guerre contre sa tribu). Elle prit sa revanche le jour de son échange contre une rançon et ordonna à ses gardes que la tête du ravisseur fut coupée, estimant que la rançon ne compensait pas ce qui lui était arrivé. Cette histoire -vieille pourtant de plus de 2000 ans- m’a marquée pour je ne sais quelle raison : bien sûr la violence faite à une femme et sa réaction terrible mais aussi parce qu’il s’agit d’une Celte en terre anatolienne, d’une étrangère et que je m’y suis identifiée, moi qui suis issue des forêts ardennaises de Belgique et qui vis pour le moment sur le haut plateau anatolien 😊 .

Inspirée, j’ai écrit un poème qui ne suit pas de structure particulière mais qui est né de l’association de mots dont la sonorité m’avait plu. J’étais heureuse de prendre du temps pour « rien »,  juste pour le plaisir (et donc pour « beaucoup »): plaisir de jouer avec les mots, tourner les pages du dictionnaire, écrire, rayer, raturer, et penser uniquement à cela pendant tout ce temps!

Vous noterez les références aux symboles de l’arbre de vie et de la grenade qui sont des images qui me plaisent et qui sont très présentes dans la symbolique turque. Des livres comme « Reclaiming the wild soul », « If women rose rooted », « La servante écarlate », « Station eleven » et « Dans la forêt » lus au hasard des mes intérêts du moment (le lien organique entre la nature et l’être humain, le zéro déchet, le lien entre le lieu où l’on vit et le sentiment d’être enraciné et en lien avec les autres, la place de la femme dans un monde d’hommes et l’avenir de la planète) ont permis l’éclosion de ce poème. Il faut parfois se nourrir longtemps de la vie autour de nous pour avoir envie de décider de s’arrêter pour créer à notre tour à travers l’art, l’écriture, ou tout autre chose. Et vivre la « résonance », remède à l’accélération de notre temps, évoqué par Hartmut Rosa.

C’est ce que je propose dans les ateliers d’écriture que j’anime pour les adolescents et les adultes qui ont envie de se poser un moment, d’écrire ou de dessiner (à travers le symbole de l’arbre de vie transmis par Dina Scherrer) et d’ainsi non seulement mieux se connaître mais aussi d’entrer en lien avec les autres participants et, pourquoi pas, la nature autour de nous.

 

Poème à Chiomara

Il était une fois dans l’antique Ankyra

Située aux confins de la steppe asiatique

Dans ce qu’on appelait alors la Galatie celtique,

Une jeune fille prénommée Chiomara.

Chiomara grandit heureusement

Parmi les grenades rouges que portent des arbres verts et chétifs

Graine de femme au sourire craintif

Qui prit pour époux son valeureux amant.

Tel l’arbre de vie dont le fruit se multiplie

La belle Celte enfanta à l’envi

Vive et heureuse matrone avec l’âge elle s’enhardit

Incarnation à la fois de la Mère et de la bourgeoise nantie.

La guerre des hommes vint troubler ce tableau

Et le barbare Romain- dont l’empereur avait été défié-

Décida de souiller cette terre alors inviolée

Et de la détruire, à coups de javelot.

Emportée, malmenée, Chiomara dans la poussière fut traînée

Sans pitié pour son tendre giron de mère

De l’esclavage elle goûta le poison amer

Et ainsi Rome gagna la bataille si chèrement menée.

Lorsque vint l’échange de la Femme contre une rançon

Qu’elle se vit troquée comme une marchandise abimée

Son ordre fatal claqua : que la tête soit coupée !

Et ainsi étêté mourut l’infâme centurion.

Chiomara se baigna et se coiffa

Vêtue de ses plus beaux habits, devant son mari elle se présenta

Et à ses pieds fit rouler la tête abhorrée.

Son honneur, par elle-même, avait été vengé.

Ainsi fut exécutée la vengeance sanglante

D’une jeune femme celte qui refusa l’infâmie

Dans la steppe infinie de l’ancienne Galatie

Et dont résonne encore l’assourdissant silence.

Engagez-vous! Engagement et recherche d’identité chez l’adolescent

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Connaissez-vous les Moocs? Mooc est l’acronyme de Massive open online course, c’est-à-dire la mise à disposition (souvent gratuite, parfois payante) d’un cours universitaire de haute qualité sur un domaine particulier, ceci afin de faire de la publicité pour l’université en question mais surtout de surfer sur la vague puissante de l’innovation pédagogique (voir l’article sur la classe inversée et le constructivisme) en proposant à tous l’opportunité d’apprendre tout au long de la vie.

Il existe tout un tas de Moocs différents. J’ai suivi celui de Christine Cannard, en collaboration avec l’université de Grenoble, dont j’avais déjà lu le livre (ou devrais-je dire la somme) « Psychologie de l’adolescent » et dont j’avais apprécié l’approche.

Qu’ai-je retenu de ce cours ?

S’engager

Principalement qu’un des facteurs d’épanouissement de l’adolescent est sa capacité à s’engager pour quelque chose qui fait du sens pour lui.

On connaît l’importance d’un cadre familial structuré et bienveillant, d’une alimentation équilibrée, d’un sommeil respecté, d’une scolarité dont les apprentissages font du sens, d’un projet de d’orientation en accord avec les désirs, qualités et compétences de l’ado. Et le groupe-classe, le groupe des amis prend, on le sait, une importance capitale dans la vie du jeune : il s’identifie à ses pairs et non plus seulement à sa famille.

Ce qu’on sait moins c’est qu’il y a une soif d’engagement pour une « cause » morale, politique, écologique, sociétale, un besoin de faire front commun pour ou contre quelque chose chez nos jeunes. Je me rappelle effectivement des grèves des lycéens pour je ne sais plus quelle raison où nous étions surexcités de faire masse dans la rue, des bureaux Amnesty Jeunesse, des stands Oxfams animés par certains ou les tracts pro-européens distribués par d’autres (et je vous avoue que, quand j’étais moi-même ado, je regardais ces jeunes comme des extra-terrestres). L’objet du livre « Engagez-vous! » de Stéphane Hessel évoqué dans le titre de cet article encourage les jeunes à s’engager politiquement mais il existe bien d’autres manières de s’engager.

Une réponse à l’insatisfaction

Un tel besoin d’appartenance et d’engagement non compris se manifeste par une insatisfaction chronique, la dépression, voire la délinquance (on peut malheureusement discerner ce même besoin d’être ensemble pour une cause plus grande que soi chez les jeunes qui s’engouffrent dans la radicalisation islamiste (pour connaître les autres facteurs de radicalisation voir slate.fr)). Il nous appartient d’encourager les ados à s’investir dans des groupes « positifs » et à veiller qu’ils ne se fourvoient pas dans d’autres.

Ces groupes leur permettent de partager les mêmes valeurs et de se retrouver entre pairs du même « bord ».  Et surtout, ils offrent un terrain propice à la recherche de leur identité et au questionnement qui va de pair avec cette recherche, c’est-à-dire non seulement « qui suis-je? » mais aussi « qui suis-je dans le groupe? suis-je d’accord avec ces valeurs et avec ce qui y est proposé? ». Viendra plus tard (quand l’identité sera moins fluctuante), le temps de la confrontation des idées, des amitiés avec des gens différents de soi dont la diversité sera appréciée pour sa richesse.

Trouver du sens et leur montrer la voie

Il s’agit donc, là encore, d’accompagner les adolescents à trouver du sens dans leur vie et dans leur communauté en favorisant l’exploration nécessaire à leur développement et en les aidant à se poser les bonnes questions quant à leur positionnement dans le groupe. Si notre ado est plutôt introverti, cela lui paraîtra plus difficile et il sera contre-productif de le harceler à s’engager! Il pourra peut-être le faire à travers une communauté virtuelle (pas si virtuelle après tout puisqu’il s’agit de vraies personnes), tranquillement chez lui. Mais rappelons-nous que nous pouvons simplement lui montrer l’exemple à travers des activités de bénévolat, des associations ou des clubs d’intérêts partagés qui nous font plaisir!