Pour un prof et des élèves re-motivés

Une classe difficile, un élève violent ou perturbateur, des étudiants démotivés, des résultats  plus que moyens…et il suffit d’une critique d’un collègue ou une insolence d’un élève pour mettre le feu aux poudres. Non seulement les élèves sont démotivés mais voilà que maintenant  le prof l’est aussi!

prof démotivé

Vous êtes en colère ou triste ou les deux….Vous remettez en question votre choix de carrière ou l’intelligence des élèves. Bonne nouvelle, en fait c’est juste super ! Le pire serait de ne plus rien ressentir ou de ne pas vous rendre compte que quelque chose ne va pas. Nos émotions sont un signal d’alarme. Elles vont nous aider à remettre en question les choses, première étape pour changer ce qui ne va pas -et améliorer ou conserver ce qui fonctionne bien.

J’ai donc vécu cela comme je le raconte ici. Cela m’est déjà arrivé et cela m’arrivera encore, c’est sûr. Parfois on a besoin de se créer une bulle temporaire pour se protéger de ces émotions qui peuvent être trop fortes et réfléchir ou se ressourcer; c’est ce que j’ai fait.

J’ai eu des retours sur mes cours de la part de mes étudiants ; dans ces retours anonymes ils pointaient du doigt les aspects négatifs du cours et de l’enseignant -c’est-à-dire moi. Passé le premier mouvement de dédain, réflexe conditionné que nous éprouvons pour ceux qui sont plus jeunes que nous, j’ai eu envie d’examiner leurs critiques et de les prendre comme des moyens d’améliorer mon travail. Après tout, ne sont-ils pas les premiers destinataires de ce travail et ne suis-je pas à leur service, au sens  premier du terme de « service public » (et non au sens commercial bien sûr 😉 ) ?

Comment ai-je fait pour déterminer ce qui pouvait être changé dans mon boulot de ce qui devait être gardé?

Une question à se poser…

autonomie et jeu

Quelles valeurs personnelles sont-elles importantes pour moi et ces valeurs se reflètent-elles au quotidien dans mon métier, avec les étudiants?

Par exemple, les étudiants ont critiqué la quantité de devoirs à faire et les notes qui les sanctionnent (ce sont souvent des vidéos à regarder car je m’essaie à la classe-inversée ou des exercices à faire) . Quelle est mon intention? Contrôler. Certes, mon intention est bonne (exigence, qualité, recherche du progrès etc etc). Mais concrètement elle va à l’encontre de ma valeur « autonomie » que j’essaie de transmettre. Car quand je contrôle si les étudiants font bien les devoirs que je leur donne ….et bien je ne respecte pas vraiment cette valeur.  J’ai donc décidé de donner la même quantité de devoir mais ils ne sont pas tous obligatoires. La qualité et l’exigence vont-elles en pâtir ? Pas forcément puisqu’elles seront de mise pour les devoirs notés pour lesquels je laisserai entière latitude du médium aux élèves. Autonomie, encore une fois te revoilà 😊. Et avec Autonomie est arrivée Motivation : les deux copines vont de pair. Bien sûr, votre contexte de travail mais surtout l’âge de vos élèves guideront vos choix. En tous cas, j’ai pu observer que me décrisper sur le contrôle avait eu un effet positif sur la motivation de mes élèves…

enfants joie apprendre

Une autre valeur importante pour moi est le jeu. Par « jeu », j’entends le fait de ne pas être dans une routine mais dans une réflexion permanente, de prendre du plaisir à apprendre, à découvrir, de rire, de bavarder, d’être dans une ambiance détendue, sur un siège confortable (voire assise par terre en tailleur !) , de pouvoir grignoter etc. Or, je n’ai jamais joué à quoi que ce soit avec mes étudiants -ni serious game, ni simplement ri avec eux. Je voulais « faire sérieux ». Ben oui, je suis en fac (mais la même réflexion est valable partout au lycée/au collège/ je suis un adulte/je représente X ou Y etc etc). Certes. Mais le jeu, ça n’empêche pas d’avoir une posture d’adulte ni de poser un cadre….Alors, distribution de cartes, Time’s up de vocabulaire, vidéo ou chanson à créer…voilà du jeu ! Et savez-vous que la joie des élèves est contagieuse ? Et qu’il est prouvé que le jeu favorise l’apprentissage, peu importe que nos élèves aient 5 ou 25 ans ?

jeu et apprentissage

Ma question peut se décliner également sous cette forme : quel est mon but ultime quand j’enseigne telle ou telle matière ?

Non, ce n’est pas que les étudiants connaissent toutes les caractéristiques de tous les types de texte etc etc. Cela, c’est mon objectif pédagogique. Il fera l’objet d’une évaluation et je l’ai obtenu à partir du programme du cours, lui-même décidé par l’éducation nationale.

Mon grand but à moi, c’est que les étudiants aiment le français (j’ai d’autres grands buts dans ma tête comme les aider à être des citoyens du monde, à l’esprit critique, changer l’école etc etc 😉 mais ils feront l’objet d’un autre article). S’ils aiment le français, qu’ils le voient comme langue d’une culture multiple et riche, ouverture sur un monde où l’esprit critique, la démocratie etc sont des valeurs défendues haut et fort alors j’aurai gagné mon pari. Je ne pourrai pas évaluer cela et tout ne dépend pas de moi. Mais je peux tout faire pour mettre en œuvre ce but en le déclinant en objectifs, stratégie pédagogique, projets, rencontres, attitude personnelle etc.

Connaître ses valeurs et les décliner au quotidien

J’ai la chance de bien connaître mes valeurs car c’est un exercice que je fais souvent dans mon métier de coach. Si vous ne les connaissez pas, réfléchissez à ce qui est vraiment important pour vous ou faites-vous accompagner par un ami ou un pro.

Si vous connaissez vos valeurs mais que vous ne savez pas comment les décliner concrètement au quotidien, il y a des tas de groupes sur les réseaux sociaux, de livres, de conférences et de formations qui vous y aideront. Je pense notamment à Hélène Weber, ses sites et sa formation « le goût de la transmission » qui m’ont aidée à structurer ma pensée intuitive et à clarifier ma pratique parfois improvisée. Je vous suggère d’aller fouiner dans ce qu’elle fait, c’est une vraie mine d’or de conseils pratiques, de lectures, de témoignages pour les enseignants et les étudiants.

Qu’en pensez-vous ? Vous êtes-vous posé la question de vos valeurs personnelles et de leur congruence dans votre vie professionnelle? Quelle est votre réponse ?

2 Replies to “Pour un prof et des élèves re-motivés”

  1. Moment de doute passager ou moment passager de doute. La critique est sans doute aisée, l’art étant plus difficile. Mon égo en aurait-il été touché ? Un peu sur le moment, futile qu’il puisse avoir été.

    « A quoi bon parler du harcèlement et de fake news au cours de français. Ce sont des choses que les enfants connaissent… Parlez plutôt de belles lettres, de beaux textes au lieu de parler de Soprano… S’ils n’apprennent pas cela à l’école, ils ne l’apprendront jamais (…) »

    J’ai eu envie de répondre que cet argument me semblait trop « fragile » faisant allusion et à Soprano et au harcèlement à l’école. Je n’ai pourtant rien dit. J’ai écouté au nom du principe de collaboration que je souhaite toujours avec les parents. J’aurais également pu répondre que captiver les élèves par une façon d’apprendre qu’ils aiment me paraissait une « belle » chose et que Soprano avait appris les métaphores et les oxymores en 5ème grâce à Mc Solaar et Francis Cabrel, que des élèves en Belgique apprenaient le français langue étrangère grâce à Jacques Brel mais je n’ai rien dit parce qu’il m’aurait sans doute été répondu qu’on ne pouvait comparer de qui n’était pas comparable. J’aurai voulu dire qu’il fallait vivre avec son temps, je n’ai rien dit non plus.

    Si j’avais eu le pouvoir d’Hiro Nakamura, j’aurai aimé changer les choses aussi mais je n’ai rien dit et donc rien changé parce que c’est encore un texte du poète Soprano, texte qui a fait l’objet de sujets de dissertation pourtant.

    Pourtant j’ai parlé de Manga, choses que les élèves connaissent déjà pourtant et sans doute mieux que moi mais là, ils n’ont rien dit parce que « c’est dans le livre Monsieur l’enseignant » !

    Divers lycées en France étudient certains textes de Soprano, l’invitent à des rencontres et je n’ai toujours rien dit.

    Que vont-ils encore me dire quand nous allons recevoir Micromega, slammeur de Kinshasa, pour nous parler poésie, slam, mots valises,…

    « Il faut tirer les enfants vers le haut (…)»

    Cette parole m’a aussitôt rassuré parce que combattre l’ignorance, les préjugés, l’absence de réflexion et de liberté en faisant découvrir aux enfants des passions, des envies, des moyens de se construire de belles vies, d’autres horizons est une des priorités dont j’ai fait mon chemin. C’est ce que permet la lecture, la musique, l’art, toute forme de création. En un mot, ce qu’on appelle culture.

    La suite, qui fut moins drôle, « (…) les bons élèves ne doivent pas subir la faiblesse des autres (…) » m’a aussitôt refroidi mais, une nouvelle fois, je n’ai rien dit.

    Certains sont premiers de classe parce qu’ils ont simplement de meilleures notes, parce qu’ils travaillent mieux, sont un peu plus intelligents ou tiennent de leur famille un » capital culturel scolairement rentable « . En quoi subiraient-ils d’office la « faiblesse » des autres telles que dénoncées alors que je base mes cours sur le travail collaboratif, l’esprit d’équipe et de solidarité ?

    Ce qui devrait inquiéter en revanche, c’est qu’un adulte – maître ou parent – puisse, aujourd’hui encore, accorder quelque importance au classement en tant que garantie d’un niveau intellectuel, qu’on ose croire plus significatif d’être le premier de sa classe que le plus instruit des passagers de l’autobus.

    Le « (…) mais il nous semble parfois que vous visez trop haut, ce ne sont encore que des enfants… » qui a suivi m’a tout aussi chamboulé parce que j’ai eu l’impression que tout et son contraire m’avait été envoyé en pleine figure. Dois-je dès lors laisser tomber l’apprentissage de l’autonomie, de la prise de notes ? Dois-je empêcher l’enfant de réfléchir par lui-même et j’en passe. Je n’ai rien dit encore une fois.

    Grandir, c’est s’exposer à d’éventuels échecs, mais aussi, parfois, se poser en rival de ses géniteurs. Pour ne pas avoir à « tuer le père », certains restent d’éternels étudiants et vivent des parcours douloureux, pétris de désirs contradictoires. Souvent immatures, ils cherchent à se faire aimer en accumulant les bons résultats. Et il faut parfois attendre un événement grave pour déceler la souffrance derrière la performance. Ce n’est, bien entendu, pas toujours le cas mais je n’ai rien dit.

    « Le français, c’est notre fleuron, il se doit d’être hissé haut dans cet établissement qui a quand même un certain standing (…) »

    J’ai cru à un moment donné que ma nationalité de belge était remise en cause au sein d’un établissement français… Le standing, dieu que ce mot est laid ! Je n’ai rien dit !

    « Nous sommes déçus (…) peu de choses dans son cahier mais nous n’avons aucune crainte pour notre enfant mais nous parlons en général… Nous nous le permettons parce que nous sommes des parents qui suivons nos enfants (…) En math, ils sont à leur deuxième cahier et ont des devoirs tous les jours… »

    J’ai eu beaucoup de mal aussi avec ces propos ; la déception portant sur le contenu du cahier, la comparaison avec le contenu du cahier de math… Dois-je donc faire fi de la lecture, de l’expression orale, de la compréhension à l’audition, des débats, bref d’une grande partie du programme ? J’ai expliqué le contenu du programme tout en le laissant à leur disposition mais sur la teneur de leurs autres remarques, je n’ai rien dit.

    Le « nous sommes des parents qui suivons (…) » fut aussi un point sur lequel je n’ai rien dit parce qu’il sous-entendait bon nombre de …sous-entendus et que je n’ai pas attendu d’être dans la dernière ligne droite d’une année scolaire pour signaler aux parents que j’étais à leur disposition. Mais, à leur décharge, je reconnais l’intérêt qu’il porte au bien-être de leur enfant et je l’approuve. Ce n’est pas pour autant que les parents qui ne viennent pas me voir s’en désintéressent !

    D’autres remarques ont émaillé cette rencontre. Je n’ai rien dit, je n’ai d’ailleurs rien écrit.

    Je n’ai rien dit, non pas que j’en étais au point de Martin Niemöller * mais parce que, devant un tel plaidoyer parental, je me suis vu quelque peu dépourvu…

    *Quand ils sont venus chercher les communistes,
    je n’ai rien dit,
    je n’étais pas communiste.

    Quand ils sont venus chercher les syndicalistes,
    je n’ai rien dit,
    je n’étais pas syndicaliste.

    Quand ils sont venus chercher les juifs,
    je n’ai rien dit,
    je n’étais pas juif.

    Quand ils sont venus chercher les catholiques,
    je n’ai rien dit,
    je n’étais pas catholique.

    Puis ils sont venus me chercher,

    Et il ne restait plus personne pour dire quelque chose

    Martin Niemöller, (camp de concentration de Dachau, 1942)

    Sont-ce de belles lettres (elles sont pourtant étudiées) ? Aurais-je commis l’erreur de ne rien dire ? Se taire, c’est laisser faire, c’est cautionner, c’est être complice, c’est encore parler, c’est accepter, c’est servir, c’est pareil dans toutes les langues, c’est mentir, c’est consentir… Un peu de tout en quelque sorte…

    Le français est une langue vivante, c’est la raison de son évolution. S’il ne faut oublier les grands auteurs des siècles passés, il n’en est pas moins utile d’étudier, d’apprendre à connaître nos contemporains, celles et ceux appelés à devenir aussi, des auteurs du …passé.

    Qu’est-ce qui fait un bon professeur ? Après plus de 30 ans dans le domaine, je n’ai toujours pas trouvé la réponse. Mais je n’ai rien dit…

    1. Cher Fabrice, je lis beaucoup de questionnements dans votre témoignage et, si je peux apporter un élément de réponse à votre question de ce qui fait un bon professeur, il me semble que la capacité à se questionner en fait partie.Je crois que nous devons entendre les parents et les élèves afin de remettre en question nos pratiques. Mais si vos pratiques sont totalement alignées avec vos valeurs, ce qui semble être le cas, et qu’en plus elles sont celles que prône -officiellement- l’éducation nationale, vous pouvez en être fier et décider, ou pas, de les expliquer ou de les justifier. Ce n’est pas une obligation mais cela peut créer un lien avec les parents et les élèves- à défaut de compréhension mutuelle (mais peut-on toujours se comprendre?). La beauté des professeurs tient aussi dans la diversité de leurs parcours, pratiques et personnalités. La beauté de l’Ecole et ce qui en fait sa richesse provient aussi de là. Bonne continuation!

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