L’expatriation: une histoire de communauté et de sentiment d’appartenance

Je suis arrivée en Turquie il y a un peu plus de dix-huit mois, en septembre 2016.  Je venais de vivre près de cinq années intenses au Cameroun et espérais un peu plus de calme.

En 18 mois, j’ai eu le temps d’avoir un autre enfant, un petit troisième, ankariote. Je me suis un peu ennuyée. Surtout, j’ai eu le temps de réfléchir à ce que je voulais construire ici, à ce que je voulais apporter et à qui. Ne dit-on pas que la créativité naît de ces moments un peu creux?

Quand des idées depuis longtemps couvées ont émergé, j’ai trouvé un endroit chaleureux pour qu’elles épanouissent: l’association d’accueil de ma ville, Ankara accueil francophone et son équipe de femmes de caractère. J’ai proposé des ateliers pour adolescents pour qu’ils puissent échanger et expérimenter de nouvelles idées à propos de l’apprentissage. Des ateliers d’écriture, qui mêlent mes deux métiers, pour les adultes qui veulent s’offrir un espace-temps spécial, un peu spirituel, pour se retrouver et retrouver le sens du collectif. Tous ces projets ont été chaleureusement accueillis et portés.

Dans les deux ateliers, il m’a semblé important d’insister sur notre besoin d’être humain de se sentir appartenir à une communauté, que l’on soit adulte ou adolescent. Pour nous dépasser et créer ensemble quelque chose de plus fort et de plus grand que nous: un projet, des idées, une oeuvre d’art. Pour sentir que nous ne sommes pas si différents les uns des autres, que nous partageons les mêmes doutes, que chacun de nous s’exprime à sa façon, belle et importante.

J’ai éprouvé ce besoin d’appartenance, ici à Ankara. Pourquoi ici et pas ailleurs? Une expatriation dans un pays où peu de gens parlent anglais, une petite communauté internationale, une vie de famille bouleversée avec un troisième enfant? Peu de distractions? Ce qui faisait de cette expérience sa difficulté est devenu sa richesse: je suis persuadée que c’est une chance que d’avoir ressenti ce besoin si vivement car  cela m’a donné l’impulsion nécessaire pour partager bénévolement mes compétences.

Je suis donc doublement gratifiée puisque je peux vivre cette valeur et la partager et qu’en plus j’apprends et j’innove au quotidien, portée par le dynamisme du groupe.

Dans les quatre prochaines années turques qui sont devant moi,  je compte bien continuer à participer à cette belle aventure que nous raconte si bien Claire Wastiaux sur le site ankaraccueil.com.

Et vous, avez-vous déjà eu l’occasion de partager vos compétences, vos dons, votre sensibilité ou votre temps gratuitement?

Estime de soi et confiance en soi

Samedi, je suis intervenue auprès d’un groupe de jeunes adolescents dans le cadre des ateliers « apprendre à apprendre ».

Ce qui m’a interpellée, c’est que ces ados semblaient avoir une estime d’eux élevée alors que leur confiance dans leurs capacités scolaires paraissait plutôt basse.

Comment expliquer ce hiatus ?

Notre estime personnelle est construite tout au long de notre enfance et provient directement d’un environnement familial où notre valeur est incontestable -peu importent les circonstances – et où nous avons construit les croyances suivantes :

  • Je m’aime
  • Je suis important
  • Je vaux quelque chose

La confiance en soi  est un sentiment de sécurité intérieure par rapport à notre propre compétence. Si nous échouons (à l’école, au travail, etc), elle peut dégringoler tandis que si nous réussissons elle redevient haute.  Elle est haute si les affirmations suivantes sont vraies :

  • Je suis capable
  • Je suis à la hauteur
  • J’ose essayer

Seule une bonne estime de soi peut nous aider à rebondir après un ou plusieurs échecs répétés. D’où l’importance d’aider nos enfants à la construire.

Comment ? En accordant de l’importance à leurs besoins, émotions et valeurs. C’est de cette manière que leur estime d’eux même sera comme un phare pour eux, peu importent les expériences bonnes et moins bonnes qu’ils seront amenés à vivre.

Comment aider nos ados à retrouver la confiance en eux ? En les soutenant lors de leurs apprentissages et échecs car c’est l’expérience qui va leur apprendre qu’ils sont capables (si ils acquièrent les compétences nécessaires), qu’ils sont à la hauteur et qu’ils peuvent oser.

Pour plus de détails voire ce site http://www.infopsy.com/estimeconf1.html

phare

 

 

Inspiration: « Les lois naturelles de l’enfant », Céline Alvarez

Il était depuis cet été dans ma bibliothèque : finalement, je l’ai lu ! Le livre de Céline Alvarez « Les lois naturelles de l’enfant » révolutionne l’enseignement en alliant les recherches en psychologie cognitive, neurosciences et pédagogie et en les vulgarisant pour le grand public.

Alors, le ton est parfois un peu agaçant car l’auteure nous assène d’un ton docte ce qui (me) paraît des évidences mais elle a le mérite de s’appuyer sur des chiffres, statistiques et imageries médicales qui ne laissent place à aucune interprétation et surtout elle est d’un enthousiasme contagieux!

Et connaître le fonctionnement naturel du cerveau lors de l’apprentissage de la lecture ou savoir qu’il existe un « programme calcul » que nous possédons tous à la naissance permet à la didactique d’enseigner en fonction et non pas d’aller à l’encontre de ces « lois naturelles ». C’est une piqûre de rappel pour tous ceux qui œuvrent dans l’éducation -enseignants, parents, coachs scolaires, psychologues.

Et puis ce que j’ai apprécié, c’est l’emphase que Céline Alvarez met sur l’importance d’un environnement bienveillant où le plaisir d’apprendre, la curiosité et la capacité d’attention innée de l’enfant pour ce qui est important pour lui permet l’apprentissage des éléments langagiers et mathématiques essentiels de notre culture.

Il nous appartient d’offrir à l’enfant, être social d’exploration et d’action, cet environnement.

Un livre à lire, une auteure à suivre !

Son site internet : https://www.celinealvarez.org/17-videos-pour-demarrer

Une conférence de deux pédagogues sur l’apprentissage dans le cadre de l’association Ankara Accueil pour en savoir plus sur le sujet : https://www.ankaraaccueil.com/single-post/2017/12/05/Transmission-des-connaissances-la-th%C3%A9orie-de-apprentissages

Un atelier pratique pour les adolescents afin de réveiller ce qui est inné en eux (plaisir d’apprendre, curiosité et capacité d’attention) : https://www.ankaraaccueil.com/single-post/2017/12/04/A-quoi-%C3%A7a-sert-dapprendre

alvarez

« J’en ai marre de l’école! »

Quand votre ado se plaint qu’il n’aime pas l’école ou qu’il en a marre…que faire ? Vous pouvez lui rappeler que l’école est importante pour être en mesure de choisir son métier, plus tard. Lui dire qu’il aura un meilleur salaire si il a un diplôme, plus de responsabilités. Lui dire qu’il a de la chance, que d’autres à son âge doivent travailler ! Lui dire qu’on n’a pas toujours ce qu’on aime dans la vie….

Ou bien, vous pouvez adopter l’ « attitude coach » c’est-à-dire la capacité à écouter vraiment et à accompagner l’autre vers ses propres solutions.

Dans ce « je n’aime pas l’école » ou « j’en ai marre », il y a d’abord une émotion à entendre. Reformuler simplement « Tu n’aimes pas l’école » permettra à l’adolescent de se sentir entendu. Et ça, c’est essentiel dans une relation ado-parents.

Entendu, réconforté car il sait que son parent est prêt à l’écouter, l’adolescent devrait avoir envie de développer ce verdict contre l’école. Qu’est-ce qu’il n’aime pas exactement ? Les bancs de la classe pas confortables ? La sonnerie à chaque fin de cours ? Ou bien les comportements de ses camarades ? De ses profs ? Telle ou telle discipline ? Etudier sans comprendre ? A moins qu’il ait certaines croyances sur l’école qui ne soient pas les plus adaptées ?

En remontant palier par palier les niveaux logiques de la pyramide de Mr Dilts, on pourra ensemble diagnostiquer la raison de son manque de plaisir à l’école.

Et diagnostiquer, c’est le premier pas pour l’aider à trouver des solutions !

Ici à Ankara, j’organiserai des ateliers « apprendre à apprendre » dont le premier « Je n’aime pas l’école » (inspiré des ateliers pédagogiques de Hélène Weber  www.donnezdusens.fr et des outils de la PNL) permettra ce diagnostique et d’envisager des pistes de solutions. Affaire à suivre sur le site de l’association Ankara Accueil Francophone !

pyramide de Dilts

 

Résultats scolaires: faut-il s’inquiéter?

Faut-il s’inquiéter si votre enfant est en-dessous de la moyenne de sa classe ? Si ses résultats scolaires diminuent ?

Les notes sont importantes et, quand elles sont « bonnes », une valorisation extérieure gratifiante. Qui n’a jamais été content d’avoir un « beau » bulletin ? Quel plaisir de voir nos parents contents de nous !

Mais les notes sont un indicateur de quelque chose de plus important. Le plaisir d’apprendre, la capacité à comprendre, à analyser, à restituer et à mémoriser , la capacité à se projeter dans le futur se révèlent bien souvent par ce moyen.

Alors, oui, il faut s’inquiéter quand les résultats ne suivent pas. Si nous voyons notre adolescent étudier et faire ses devoirs, peut-être souffre-t’il de stress lorsqu’il est confronté aux questions de son professeur ? Peut-être aussi notre  manque-t’elle de méthode, de technique pour apprendre efficacement ? Ou alors, il a des lacunes dans une matière qui l’empêche aujourd’hui de suivre et de comprendre.

S’il étudie peu et que nous le sentons désengagé (pas envie d’aller à l’école, pas envie de faire ses devoirs) peut-être manque-t’il de motivation ?

Il y a des solutions à tout cela. Ne le laissons pas seul dans ce qui constitue la majeure partie de son emploi du temps et une des clés pour son futur.

Ses résultats évolueront à la condition qu’il maîtrise les outils de son métier d’élève.

Outils pour apprendre

Croyances autour de l’intelligence

perdu au collège

Beaucoup de mes clients adolescents ne comprennent pas ce qui leur arrive au Collège.

Ils réussissaient très bien en primaire : de bons résultats scolaires, des devoirs rapidement faits, une bonne compréhension de la matière et une écoute correcte en classe. On peut même dire que certains s’ennuyaient : c’était presque trop facile.

Puis, l’entrée en 6ème -en 1ère secondaire pour les Belges – a modifié la donne.

Soudain, leurs résultats baissent, les devoirs leur paraissent une montagne, ils commencent à perdre le fil en classe et réalisent qu’ils ne comprennent pas certains points de la matière.

Le stress arrive, ce stress qui paralyse et empire les choses -pas l’autre, celui qui booste.

Le stress arrive donc, et avec la baisse des résultats scolaires, la confiance en soi diminue, diminue encore…Ceux qui ont une bonne estime de soi arrivent tant bien que mal à s’accrocher, souvent avec l’aide de leurs parents. Pour d’autres, c’est la catastrophe et ils décrochent.

Que leur arrive-t’il ?

Beaucoup d’entre eux croient que lorsqu’on est intelligent, il n’est pas nécessaire de travailler pour réussir. Pire, ils croient que s’ils travaillaient, cela leur ferait perdre leur statut -si valorisant d’ado- intelligent. Selon Isabelle Filliozat et les chercheurs de l’université de Hong-Kong, la relation entre la croyance concernant l’effort et celle concernant la compétence a une influence majeure sur la motivation à l’école.

Le rôle des croyances -souvent inconscientes- est essentiel dans notre fonctionnement quotidien. Et si ils en adoptaient une nouvelle ? Changer de croyance n’est pas toujours facile ni désirable, mais cela est important lorsque celles qu’on avait adoptées nous desservent.

« Etre intelligent, c’est tout mettre en œuvre pour réussir », voilà une nouvelle croyance qui permettra à nos ados d’être à la fois efficaces à l’école et bien dans leurs baskets.

Pour leur faire comprendre, je compare souvent l’élève à un sportif de haut niveau qui a besoin de s’exercer et d’analyser sa pratique pour progresser.

Alors, on la leur propose, cette nouvelle croyance ?

effort sportif

Des projets qui ont du sens

Quel est le rapport entre écologie et adolescence ? me suis-je demandée aujourd’hui, alors que j’assistais hier à un atelier « zéro déchet ». A priori, aucun. Pourtant, et c’est ce que j’aime lorsque j’associe deux idées et qu’elles créent une troisième, il y en a un.

Je connais quelqu’un qui, à 17 ans, parcourait les rues de sa ville pour convaincre les gens qu’il était nécessaire de créer une constitution européenne. Je connais quelqu’un d’autre qui, au même âge, se prit de passion pour la religion. Moi, à 17 ans, je ne pensais qu’à ce que j’allais porter le lendemain et à mes cours ; pour le reste, je n’avais qu’une vague idée de ce qu’était l’union européenne et il ne fallait pas me parler de religion. Je me sentais plutôt inutile.

Je voyais bien que certains de  mes camarades appartenaient à des chorales, ou à des clubs de sport, aux Scouts, à l’association de leur village. Et je voyais qu’ils avaient l’air heureux de participer aux projets de leurs groupes : un concert, un bal, un tournoi, un stand d’information.

Un club politique, un groupe de défense des animaux, un club de sport, du bénévolat permettent de s’investir -ce qui veut dire aussi d’investir en soi. Ils accompagnent l’adolescent dans la construction de son identité. Ils lui permettent d’évoluer entre pairs, une composante essentielle de son bon développement.

L’énergie créatrice des adolescents est une énergie qui peut soulever des montagnes. Pas ou mal utilisée, elle peut se perdre, gaspillée à jamais pour le monde, transformée en violence, en fanatisme ou en passivité face à la vie.

J’encourage les ados que j’accompagne à trouver un projet qui a du sens pour eux et à le défendre afin qu’ils apportent au monde leur énergie ( une énergie qui nous est nécessaire pour faire bouger les choses que nous, adultes, aimons tant conserver). Et n’oublions pas le pouvoir de l’exemple qu’évoque Isabelle Filliozat et commençons par le donner en nous investissant dans ce qui est important pour nous.

Je lui laisse le mot de la fin « Favorisons son ouverture vers des associations ou des engagements constructifs. Notre responsabilité d’adulte est de leur donner une place pour qu’ils se sentent appartenir au groupe, puissent développer leur pouvoir personnel, se sentir utiles et investir leur énergie débordante, leurs idées novatrices et leur créativité dans des projets qui ont du sens pour eux comme pour la société » (On ne se comprend plus, p.215)

manifestation en Pologne