Sapiens: une brève histoire de l’humanité

Sapiens-French

Il est des livres qu’on n’oubliera pas, qu’on relira peut-être et dont on recommandera la lecture.

« Sapiens, une brève histoire de l’humanité » fait partie de ceux-ci. Sorti il y a plusieurs années déjà, il reste en tête des listes de vente à travers le monde. Pour cette raison, j’ai tardé à le lire (j’ai l’esprit de contradiction). Peut-être aussi n’était-ce pas le bon moment auparavant car j’étais occupée à faire mes enfants (ce livre peut faire passer l’envie d’en mettre au monde, je vous préviens !).

Avec Sapiens, j’ai été enthousiasmée, j’ai ri, j’ai pleuré, j’ai eu peur, j’ai réfléchi.

Harari, l’auteur, nous raconte dans un langage vif et ironique la longue histoire de l’être humain « homo » qui commence il y a des centaines de milliers d’années, bien avant l’apparition de notre genre « sapiens » il y a 70.000 ans. La montée en puissance de Sapiens, composé de petits groupes épars de chasseurs-cueilleurs,s’est couplée à la destruction des autres genres « homo » (neandertalis etc) et d’espèces animales géantes. L’auteur en tire la conclusion que notre présence sur la Terre est mortifère.

Il évoque la « révolution cognitive » qui nous a permis de nous réunir en plus grands groupes grâce à l’échange de ce qu’il appelle des « mythes », vocable fourre-tout sous lequel il réunit religions, capitalisme, argent, idées et histoires.

Puis il nous raconte la « révolution agricole » qui a vu l’homme se sédentariser.  Un passage très drôle évoque la domestication de l’homme par le blé, et non pas le contraire comme on a l’habitude de le penser. Selon l’auteur, s’est décidé là un des grands drames de l’être humain qui décide en toute bonne foi de travailler plus pour gagner plus, pour nourrir ses enfants et faire des stocks pour le futur (la préoccupation pour le futur allant de pair avec la révolution cognitive). Ce faisant, il s’est éreinté à travailler la terre, a fait beaucoup plus d’enfants qui, pour des raisons diverses (propagation des maladies chez les sédentaires, sevrage très tôt et remplacement du lait par une céréale unique, espacement réduit des naissances etc) ont souffert d’une très haute mortalité. Bref, une mauvaise affaire pour l’espèce humaine en fin de compte.

Il nous parle ensuite des mathématiques, inventés selon Hariri pour compter les revenus des grands groupes d’êtres humains et renforcer leur esclavage à la terre. Le fonctionnement de l’argent, qu’il assimile à un mythe puissant, est disséqué dans de longs passages sur l’investissement et la consommation.

La « révolution scientifique » apparaît il y a 500 ans. La science devient peu à peu la nouvelle religion de l’être humain sensée apporter le bonheur sur Terre. Harari nous démontre que le « bonheur » (ou en tous cas la satisfaction) par individu semble diminuer à mesure que l’espèce humaine prend de l’ampleur en termes de nombre de population et d’impact sur la planète.

De prime abord étonnant pour un livre sur l’être humain, l’auteur y lie notre destin à celui des animaux. Il nous conte la souffrance animale qu’il apparie au développement de l’agriculture et qui prend son essor avec la « révolution industrielle », fille de la révolution scientifique. L’animal et l’être humain deviennent des rouages dans la grande mécanique capitaliste productrice de biens. Des rouages que l’on use et que l’on jette lorsque ils ne sont pas utiles. Comme ces poussins mâles que l’on déchiquette ou ces animaux que l’on sépare de leur mère, empêchés de jouer, gavés puis mangés.

La science promet aujourd’hui de pouvoir nous réparer et nous améliorer. Pour nous utiliser encore plus ? A quelle classe sociale profiteront ces avancées scientifiques ? Faut-il croire Harari lorsqu’il évoque un futur sombre où les inégalités seront renforcées, où la mort sera repoussée, où ni la communauté (comme c’est déjà malheureusement le cas) ni l’individu n’auront de valeur intrinsèque ?

Ou bien faut-il lire Sapiens et sa suite (Home Deus-pas encore lu) comme des élucubrations d’un historien qui utilise le langage pour nous faire croire que notre vie n’a pas de sens et que notre espèce est en voie de disparition ? Je ne partage pas sa dévaluation de nos idées créatrices et immatérielles qui n’en sont pas moins réelles et porteuses de sens. L’amour, la spiritualité sont-elles irréelles car immatérielles ? Je ne veux pas le croire.

Je suis sortie de la lecture de Sapiens étourdie par tant de faits, d’affirmations souvent trop péremptoires et peu établies scientifiquement, éblouie par l’histoire de l’humanité vue de notre petit point de vue et notre recul d’êtres humains du 21ème siècle, pensive devant ces générations d’hommes et de femmes qui ont vécu, aimé et puis qui ont disparu.

L’Histoire est une longue suite de choix, parfois heureux, parfois malheureux. Elle nous apprend cependant que rien n’est décidé à l’avance et que rien n’est figé.

Au sortir de ce livre, j’ai décidé que je voulais encore plus transmettre les valeurs du partage, de la solidarité, de la communauté, de la créativité et du respect de tous les êtres vivants à mes enfants et aux personnes que j’accompagne. Pour faire du monde de demain un endroit où nous ne serons pas définis par ce que nous possédons mais par ce que nous apportons à la communauté des êtres vivants.

Et vous ? Qu’en pensez-vous ? Avez-vous lu le livre ? Partagez-vous le pessimisme de l’auteur -qui admet dans une interview ci-dessous que l’être humain a la capacité incroyable de changer le cours des choses?

Pour d’autres idées sur le livre :

http://homofabulus.com/mon-avis-sur-sapiens-de-yuval-noah-harari/

http://www.telerama.fr/idees/sapiens-l-homme-qui-se-racontait-des-histoires,131186.php

Laisser un commentaire