Stress des enseignants : 3 questions à se poser pour faire un état des lieux de la situation

Quand j’étais prof en lycée professionnel, j’étais très stressée et je pensais que c’était normal: des classes difficiles, un milieu masculin un peu « dur », des horaires compliqués. Bien sûr, il y avait aussi beaucoup de stress « positif », une sorte d’intensité quand une heure de classe se passe super bien, quand un projet se déroule comme on le veut ou quand on sort des sentiers battus et qu’on est excités par cette audace.

Au début, je pensais que ce stress était dû à mon manque de compétences puisque je venais de rentrer dans le métier. Mais j’ai vite constaté que la plupart de mes collègues plus expérimentés le vivaient eux aussi et même ceux de fac, quand j’ai enseigné en Turquie.

Quand j’ai reçu des enseignants en séances de coaching, stressés, fatigués, en burn-out pour certains, j’ai commencé à me dire qu’il y avait quelque chose à faire pour ces personnes dont le métier est si important pour notre société et si peu valorisé et qui semblent tant souffrir.

Et j’ai réalisé que le stress des enseignants est un problème collectif et pas seulement individuel.

Cela n’empêche pas que les individus puissent prendre le temps d’essayer de voir ce qui peut être changé en eux et dans leur environnement car le changement structurel vient aussi des individus. Nous ne pouvons plus faire comme avant et déléguer notre responsabilité à des groupes, quels qu’ils soient. Car visiblement, et malgré toute la meilleure volonté, ils n’ont pas changé grand-chose. Il est temps de prendre ses responsabilités et de décider en conscience ce que je veux faire aujourd’hui pour créer le demain que je souhaite. Cela doit passer par l’action collective (les grèves par exemple peuvent en être l’expression mais de simples groupes de parole aussi) mais avant tout par l’action individuelle.

C’est ce qui m’a poussé à écrire cet article.

Voici les 3 questions que je pose à mes clientes afin de faire un état des lieux de la situation. Cela permet de prendre du recul et donc d’avoir une vision plus complète avant d’aller plus loin dans l’action. 

Si je m’étais posé ces questions dès le départ, je me serais évité bien des moments compliqués car les décisions prises en conscience sont celles qui nous font nous sentir alignés, en lien avec nos valeurs. Sous stress, notre cerveau ne fonctionne pas aussi bien car il ne cherche qu’à nous protéger en fuyant ou en «combattant » : le fameux « fly or fight ».

Faire un état des lieux de la situation permet de prendre des décisions en conscience.
Amandine

Ces 3 questions ne sont pas les seules à devoir se poser pour établir un recueil d’informations véritablement exhaustif et permettant d’établir un « plan d’action » personnalisé (ce que je fais avec mes clientes). Mais elles me paraissent être les plus essentielles et aussi celles qui ont le plus d’impact.

1. Qui sont les personnes autour de toi ? De qui t’entoures-tu ?

Même si cela peut être plaisant à certains moments d’être la « capitaine » de la classe, il arrive bien souvent que le fait d’être seule soit pesant. Rien que le fait de devoir seule gérer 25 à 30 gamins épuiserait n’importe quel adulte sain d’esprit !

Restes-tu seule pendant la préparation de tes cours ou la correction des copies ? As-tu l’habitude de mener des projets seule ?

Fréquentes-tu uniquement des collègues fatigués, désabusés, critiques ? Sans les juger aucunement (car qui sait ce qu’ils vivent au quotidien ?), ce ne sont peut-être pas les personnes qu’il te faut fréquenter au quotidien pour te sentir vraiment soutenue. J’ai ainsi un souvenir difficile des moments de décompression dans la salle des profs lors desquels certains de mes collègues se « lâchaient » vraiment.

Être bien accompagnée est une des clés pour se sentir davantage sereine. Même quand tout va bien, avoir des collègues positifs avec lesquels échanger sur vos bonnes pratiques est un soutien professionnel essentiel. Et quand les temps sont durs, cela fait beaucoup de bien d’échanger sur ce qui ne va pas. Ce type d’espace et de temps de parole existe-t’il de façon instituée dans ton établissement ?

2. De quelle pratique veux-tu te débarrasser ?

On se sent parfois pris dans les innombrables tâches administratives, documents, évaluations, corrections de devoirs. Tout ce que tu fais est-il obligatoire ? Toutes tes pratiques sont-elles basées sur la preuve (« evidence based ») ? Les « evidence-based practices » sont les pratiques et méthodes pédagogiques qui ont fait l’objet de recherches scientifiques  sérieuses, faites sur le long-terme et sur un panel d’écoles et d’élèves important en travaillant avec des groupes qui ne savaient pas sur quoi portait la recherche. J’aime bien croire les scientifiques (ils manquent cruellement de cette confiance aujourd’hui!). Et je les crois d’autant plus quand ils confirment mes intuitions pédagogiques. Il ne s’agit donc pas d’appliquer « bêtement » ce qu’ils nous disent mais, en fonction de ton contexte, de tes intuitions et de ce qu’ils disent, peut-être peux-tu remettre en questions certaines méthodes qui paraissent de prime abord obligatoires et essentielles mais qui en fait ne le sont pas.

Cette remise en question ne fera pas de toi une moins bonne prof mais peut-être une moins « parfaite » et plus sereine.

Derrière ces méthodes héritées de nos formateurs qui eux-mêmes les avaient hérités de leurs formateurs, se cachent des croyances elles aussi acquises. Quand elles sont positives, aidantes pour toi et tes élèves, il faut y aller ! Mais certaines sont « limitantes » c’est-à-dire qu’elles t’empêchent de te sentir sereine tout en faisant bien ton métier. Souvent, elles commencent par « je dois » ou « il faut ». Fais-en une liste et écris-les de la façon la plus automatique qui soit. Est-ce que tu dois vraiment, en toutes circonstances, à tout moment et pour tous faire/être ce que tu viens d’écrire? Et si tu ne le faisais pas partout/tout le temps/pour tous, que se passerait-il?

3. Quel est ton propre rythme ?

L’emploi du temps des enseignants est très découpé et varie entre des périodes intenses de cours, d’examens ou de réunions et d’autres plus calmes où ils se retrouvent en congé (toutes les 7 semaines dans le système français). Pendant ces congés, l’enseignant est libre de son temps qu’il consacre bien souvent à l’affinage de ses cours, à la correction des évaluations et au soin à ses propres enfants en congé. Les heures de cours durent 50 minutes, les journées peuvent être longues surtout si tu n’es pas dans un seul établissement et que tu dois faire de nombreux trajets. Le corps enseignant est soumis à ces rythmes (institués il y a une centaine d’années) qui ne respectent ni les adultes ni les enfants.

Pour nous les femmes, réglées, enceintes ou ménopausées, le rythme extérieur ne correspond pas toujours à notre rythme intérieur et physique. Quel est ton propre rythme ? A quelle période du mois ou à quelle saison te sens-tu dynamique et pleine d’énergie ? Quelle semaine est-elle plus propice à l’intériorité, à la lenteur ? Comment pourrais-tu concilier ces deux rythmes, le tien et celui de ton travail ?

On n’a pas forcément l’habitude de se poser ce genre de questions. Elles peuvent faire peur ou nous interloquer. Elles demandent du courage car elles ne sont pas communément acceptées.

Tu peux en savoir davantage sur les causes du stress et sur ce qui fait que les femmes en souffrent davantage dans cet article que je t’invite à lire.

C’est la raison pour laquelle j’ai dédié mon accompagnement aux femmes enseignantes et directrices d’établissement. Pour elles et pour nos enfants.

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